History of modern Tunisia, from Ferry to Bourguiba 1881-1956

LA TUNISIE ET LA COLONISATION

Histoire de la Tunisie Contemporaine, de Ferry à Bourguiba 1881-1956
La Tunisie est une terre de vieille civilisation. Elle se définit par son appartenance au Maghreb : l'île du couchant, Djaziret-Al-Maghrib, île ceinturée d'eau et de désert. le Maghreb comme l'indiquait déjà Ibn Khaldoun est peuplé d'Arabes et de Berbères. Le premier terme est culturellement dominant au point que les pays du Maghreb se caractérisent aujourd'hui par leur appartenance à la « nation arabe ». Le deuxième est largement prépondérant sur le plan ethnique même si les Berbères n'ont maintenu une réelle spécificité que dans les régions montagneuses où ils ont pu trouver refuge. Mais les invasions venues d'Arabie au Moyen Age ne représentaient qu'une faible proportion du peuplement déjà en place. Comme l'ensemble de l'Afrique du Nord. la Tunisie se définit encore par l'Islam qui marque de son empreinte l'histoire religieuse, culturelle, sociale et politique. L'expérience du Prophète a été double et l'idée de laïcité pénètre difficilement une civilisation qui considère que rien n'est profane. Cependant, la Tunisie plus que d'autres, montre une originalité en ayant su adapter les enseignements manifestement liés aux contingences historiques. Ainsi en est-il de maints aspects de la République tunisienne actuelle concernant par exemple la condition de la femme, l'enseignement, l'organisation de la justice, l'évolution des formes de propriété.

L'histoire des peuples, des pays, des nations, est guidée comme la conduite des individus qui les composent par un mélange de passions et d'intérêts autant que de raison, de règles morales, philosophiques ou religieuses. Le phénomène colonial, récent, souvent ressenti d'une manière personnelle, relève plus que d'autres du domaine de la passion, de l'esprit partisan, du sentiment de frustration ou de la nostalgie. C'est ce qui rend son approche difficile, car elle peut heurter des susceptibilités et plus encore des sensibilités. Il faut donc essayer de la dédramatiser au risque de paraître indifférent, de la replacer dans son contexte au risque de la déduire, d'éviter « l'esprit de parti » selon les conseils du grand historien tunisois du siècle. Ibn Khaldoun.

L'ouvrage qui suit a pour objet essentiel le temps du protectorat français en Tunisie (1881-1956), mais il s'inscrit dans un héritage et s'ouvre sur des mutations indispensables à sa compréhension. Cette phase récente s'est prolongée durant 3/4 de siècle. C'est à la fois peu et beaucoup. Peu à l'échelle de la vie d'un peuple et d'un pays. beaucoup à celle de la vie d'un homme. Mais la durée n'est pas un élément suffisant d'explication, car l'empreinte d'un événement n'est pas uniquement liée à sa dimension dans le temps. Après tout, la Révolution et le premier Empire en France ne couvrent à eux deux qu'une génération. Il convient donc d'envisager aussi les changements qu'a introduits le protectorat en Tunisie. Transformations directes avec la mise en place de nouvelles institutions complètement différentes de celles qui y fonctionnaient traditionnellement. Changements directs encore par l'entrée partielle dans un nouveau cadre économique et technique, celui de la révolution industrielle. Évolution induite avec la réaction du système traditionnel en face de ce «corps étranger », réaction diverse selon le temps et selon les hommes : soumission, rejet total accommodement, amalgame, mutation... Au total, une époque mouvementée, marquée d'épisodes innombrables. et dans laquelle la sagesse d'un certain nombre d'hommes a permis tout bien pesé, de limiter le prix « des évolutions nécessaires ».


  1. History of modern Tunisia, Jean-François MARTIN
  2. The emigration of French in Tunisia, Maurice WOLKOWITSCH
  3. Les Italiens en Tunisie, de Henri DE MONTETY
  4. Le recensement de 1906 en Algérie et en Tunisie, de Augustin BERNARD
  5. Les données du problème tunisien, de Henri DE MONTETY
  6. Evolution et comportement démographiques des Juifs de Tunisie sous le protectorat français (1881-1956), de Jacques TAIEB
  7. Juifs du Maghreb : onomastique et langue, une composante berbère ?, de Jacques TAIEB
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